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Transmission intergénérationnelle en entreprise : pourquoi elle fonctionne dans les deux sens

Photo du rédacteur: Estelle Jamin
Estelle Jamin
il y a 10 minutes
2 min de lecture

Nous représentons encore souvent la transmission comme un passage de relais. Les professionnels expérimentés détiendraient le savoir ; les plus jeunes auraient à l’acquérir.


Cette représentation reconnaît la valeur de l’expérience, mais elle décrit mal ce qui se joue réellement dans les entreprises. Aujourd’hui, les connaissances, les usages et les manières de questionner le travail circulent dans plusieurs directions.


L’expérience permet de voir ce qui n’est pas écrit

Avec les années, on apprend à reconnaître plus vite certaines situations. On distingue ce qui est urgent de ce qui fait seulement du bruit. On sait quels interlocuteurs associer, quelles erreurs éviter et jusqu’où une règle peut être adaptée sans fragiliser le résultat.


Ces savoirs sont précieux précisément parce qu’ils sont difficiles à formaliser. Ils reposent moins sur une procédure que sur l’accumulation de situations vécues. Pour les transmettre, il ne suffit donc pas de montrer ce que l’on fait. Il faut expliquer ce que l’on a regardé, les risques que l’on a évalués et la logique de la décision prise.


Les plus jeunes ne viennent pas seulement apprendre

Les nouvelles générations arrivent avec d’autres usages et d’autres références. Leur apport ne se limite pas à une meilleure maîtrise des outils numériques. Elles posent parfois des questions que l’organisation ne se posait plus : pourquoi cette étape existe-t-elle ?


Pourquoi l’information circule-t-elle ainsi ? Pourquoi une présence est-elle exigée lorsque le résultat pourrait être évalué autrement ?


Ces questions peuvent déranger. Elles peuvent aussi révéler une habitude devenue inutile, une règle qui ne correspond plus au travail réel ou un fonctionnement que personne ne sait véritablement justifier.


Le risque des catégories générationnelles

Parler des jeunes et des seniors comme de deux ensembles homogènes conduit vite à des conclusions fragiles. Un jeune diplômé peut rechercher de la stabilité. Un professionnel expérimenté peut souhaiter apprendre, changer de cadre ou remettre profondément en question sa manière de travailler.


L’âge compte, mais il n’explique pas tout. Le métier, la position dans l’entreprise, la situation personnelle et les expériences antérieures influencent tout autant le rapport au travail. La transmission devient pauvre lorsque chacun est assigné à un rôle : l’un serait celui qui sait, l’autre celui qui doit apprendre.


Organiser un échange autour du travail réel

Mettre deux personnes en binôme ne suffit pas. Pour qu’un échange ait lieu, il faut un objet concret : préparer une décision, analyser un incident, résoudre un problème ou améliorer une pratique.


Le professionnel expérimenté peut alors rendre visible un raisonnement acquis avec le temps. Le plus jeune peut apporter une autre manière de rechercher l’information, de tester une solution ou d’interroger le cadre. Chacun apprend, mais pas la même chose.


La transmission intergénérationnelle ne consiste donc pas seulement à préserver les savoirs avant qu’ils ne disparaissent. Elle permet aussi de confronter l’expérience à un monde du travail qui change. C’est dans cette confrontation, bien davantage que dans un passage de relais à sens unique, que les compétences continuent à vivre.

 
 
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